Paris sur les traces de Catherine de Médicis

Comme nous l’avions vu avec HENRI IV, déambuler dans les rues de Paris est souvent l’occasion de profiter d’un vrai cours d’Histoire. Suivons Catherine de Médicis, notre guide du jour, et visitons Paris et sa banlieue en marchant sur ses pas.

Catherine de Médicis, cette reine dont la réputation tenace a fait d’elle un personnage sombre, cruelle et machiavélique. Peut-être n’était elle pas à l’origine de toutes les horreurs que ses contemporains lui attribuaient, mais elle reste éternellement liée aux guerres de religion et aux intrigues de la Cour de France. Empoisonneuse, très superstitieuse, elle n’a cessé de s’entourer d’astrologues, dont Nostradamus, rancunière mais aussi très cultivée, mécène, épouse fidèle jusque dans la mort. Elle a apporté à la France ce raffinement typiquement italien, le gout pour les parfums, les couverts, les arts et la gastronomie.

La tour d’astrologie

C’est au cœur de Paris que nous vous donnons rendez-vous, près des Halles, à deux pas de l’église Saint-Eustache. Plus précisément devant la bourse du commerce, où se trouvait l’Hôtel de Soissons dont il nous reste aujourd’hui un seul vestige, une tour. Édifiée vers 1575 par Catherine de Médicis, la fonction officielle de cette tour était l’observation des astres par ses astrologues. La veuve d’Henri II y accédait directement depuis ses appartements. Il n’y avait, à cette époque, ni la Bourse du commerce, ni l’Hôtel de Soissons mais l’Hôtel de la Reine, un palais luxueux que Catherine de Médicis a habité après avoir subitement abandonné le Palais des Tuileries alors en construction. Cette colonne symbole de la toute-puissance de la reine avait de multiples fonctions : lieu d’observation des astres, tour de guet et lieu commémoratif avec les lettres C et H enlacées et gravées dans la pierre. C pour Catherine de Médicis et H pour son royal époux Henri II. Le quartier des Halles où se trouve cette colonne est un quartier en ébullition et sans cesse en mouvement. Un quartier qui a une âme et un sacré caractère. En vous promenant dans le jardin des Halles, levez la tête en direction de la colonne. Peut-être verrez-vous Catherine observer le ciel dans l’attente d’une prophétie.

La tour d’astrologie près des Halles

Le jardin des Tuileries

Mais pourquoi Catherine de Médicis a subitement fuit son somptueux palais des Tuileries alors en construction ? Une prophétie, encore une. Vous mourrez près de Saint-Germain.

Ces mots prononcés par Come Ruggieri, son fidèle astrologue, ont provoqué le départ précipité de Catherine de Médicis qui en a déduit qu’il s’agissait de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, qui se trouve à proximité du jardin des Tuileries près du Louvre. Catherine pensait ainsi pourvoir échapper à la prophétie en s’éloignant de tous les lieux portant ce nom. Elle meurt bien plus tard à Blois loin de l’église Saint-Germain l’Auxerrois, après l’arrivée de son confesseur venu à son chevet … qui se nommait Julien de Saint-Germain !

Du palais des Tuileries il ne reste que quelques vestiges et surtout son somptueux jardin. Un très beau jardin parisien, le plus ancien de la capitale et le premier jardin public. Il nous offre de belles balades dans un environnement très agréable. Longeant en partie la Seine avec d’un côté le Louvre et de l’autre une vue qui semble infinie jusqu’à l’arche de la Défense. Ses statues, et ses célèbres chaises vertes font échos aux ormes, tilleuls et bien d’autres arbres dont certains datent du second empire. Avant d’être le jardin que l’on connait, les Tuileries étaient depuis le XIIème siècle un site occupé par des fabriques de tuiles, d’où son nom aujourd’hui. 

La colonnade d’un Louvre

Quittons les Tuileries pour le Louvre qui se trouve à son extrémité. Cet ancien palais royal dont la construction aura duré 8 siècles a conservé les empreintes des monarques qui se sont succédé. Dont bien sûr Henri II et Catherine de Médicis. A la mort de son époux, Catherine assure la régence et ce à plusieurs reprises. Une régence avec pour toile de fond les guerres de religion entre catholiques et protestants. Une période sombre qui sonnera la fin de la dynastie des Valois. Même si les historiens remettent en question son rôle dans les massacres et assassinats liés aux conflits religieux, sa réputation reste tenace. On lui attribue donc volontiers ainsi qu’aux Guise la responsabilité de ces tueries qui ont souillé le Louvre, Paris et la France entière. 

Un matin devant la porte du Louvre, huile sur toile d'Édouard Debat-Ponsan, 1880, Clermont-Ferrand, musée d'art Roger-Quilliot.
Un matin devant la porte du Louvre, huile sur toile d’Édouard Debat-Ponsan, 1880, Clermont-Ferrand, musée d’art Roger-Quilliot.

De sa colonnade à sa pyramide, de l’histoire de la forteresse au palais, puis au musée, le Louvre ne manque pas de nous surprendre et de nous émerveiller. Une journée dans ce musée peut être éreintante. Conservez un peu d’énergie pour visiter l’extérieur de l’édifice et les alentours. Sortez par la fameuse colonnade et observez-la. Commencée sous Louis XIV par Perrault (Claude le frère de Charles). Le roi soleil souhaitait faire ses entrées au Louvre avec panache. Cette colonnade a été construite à cet effet pour être finalement abandonnée au profit du château de Versailles. A présent regardez bien la statue de Napoléon et sa chevelure. Cette curiosité a une explication. A vous de la trouver. 

colonnade du louvre

Après avoir élucidé, ou pas, l’énigme de la coiffure de l’empereur, dirigez-vous en face vers l’église Saint-Germain-L’Auxerrois que Catherine de Médicis a fui depuis la prophétie de Ruggieri qui lui annonçait sa mort. Il est fort probable que le signal de départ du massacre de la Saint-Barthélemy cette nuit du 23 au 24 août 1572 fut donné par le tocsin de cette église qui mérite elle aussi une visite.

Histoires croisées

Avant de quitter le quartier ne manquez pas l’hommage rendu à l’Amiral de Coligny première victime de ce massacre. En sortant de l’église il vous suffit de traverser la rue de Rivoli. 

Catherine de Médicis aura néanmoins tenté d’instaurer la paix dans son royaume. La décision la plus symbolique et non moins controversée fut de marier sa fille Marguerite de Valois à un prince protestant, Henri de Navarre, futur Henri IV. Direction donc Notre Dame de Paris où fut célébrée l’union. Pour l’anecdote, le marié, parce que non-catholique, restera à l’extérieur de la cathédrale durant la cérémonie. 

Nous avons cette image éternelle d’une Catherine de Médicis toute de noire vêtue, portant le deuil. La veuve d’Henri II ne s’est jamais consolée de la mort de son royal époux. Une mort stupide dont Catherine avait eu la prédiction. C’est lors d’un duel amical qu’Henri II fut mortellement et surtout accidentellement blessé à l’œil par son capitaine de la garde écossaise Gabriel de Montgomery. Avant de mourir, le roi a pardonné mais c’était sans compter sur le chagrin et la rancune de sa veuve. Dès que l’occasion s’est présentée à elle, elle fait enfermer et exécuter Montgomery. Sa geôle se trouvait dans une tour rue Jardin Saint-Paul dans le 4ème arrondissent. Un autre prestigieux vestige vous y attend. Cette tour fait en effet partie de la plus grande section de ce qui reste de l’enceinte Philippe Auguste. Le quartier est très agréable, le Marais à deux pas vous offre un Paris historique et touristique. 

Le nom de Saint-Germain n’a pas toujours fait fuir la reine. Elle y a même trouvé refuge. Visitons à présent l’église de Saint-Germain-des-Près, dans le quartier latin. La plus vieille église de Paris a conservé ses allures d’église de campagne. Première nécropole royale avant la basilique Saint-Denis, elle se trouvait au moment de sa construction entourée de champs, et donc hors des murs de Paris. Elle fut fondée par le fils de Clovis, Childebert 1er. Des travaux sur son site ont permis une surprenante découverte : des squelettes mérovingiens. Lors de la peste noire, Catherine de Médicis est venue s’y confiner avec son fils Charles IX. Un autre temps, une autre épidémie.

 Saint germain des pres

Avant de poursuivre, une pose bien méritée s’impose. Pourquoi ne pas s’installer au Café de Flore face de l’église ? Et s’attabler là où artistes, intellectuels et cinéastes avaient leurs habitudes. 

Pour terminer cette balade sur les traces de Catherine de Médicis, quittons Paris pour la Seine-Saint-Denis. De la Rotonde des Valois, il ne reste plus rien. Ce mausolée, resté inachevé, fut commandé par Catherine de Médicis afin d’y recueillir sa dynastie mais il fut détruit en 1719. Il est néanmoins possible de voir le tombeau du couple royal et leurs gisants. En visitant la Basilique Saint-Denis vous déambulerez parmi de plus 70 gisants. Sa crypte abrite des tombeaux mérovingiens, ainsi que la dépouille de Saint-Denis. Moment d’émotion devant un petit cœur conservé dans un écrin de cristal. Il aurait été authentifié comme étant celui du fils de Louis XVI et Marie-Antoinette.

A bientôt pour une nouvelle balade parisienne !

AuthorSabrina

Je suis Sabrina, Parisenne de cœur, auteure du blog  «Tu PARIS combien » dans lequel j’aime vous parler de ce que Paris nous offre au quotidien. Son histoire, son avenir, ses adresses. Là où la moindre porte, le moindre détail nous dévoilent des histoires fabuleuses, nous fait découvrir de grands personnages (célèbres ou anonymes). Relevant de l’authentique comme de l’insolite, de l’étrange ou du classique, Paris ne cesse de nous surprendre.  A la fois belle et laide, sage et folle, monumentale et secrète. Ma passion pour cette ville que je découvre chaque jour, je la partage ici avec vous. Comme le dit Ernest, « Paris est une fête ». Alors venez, vous êtes tous invités

8 replies to Paris sur les traces de Catherine de Médicis

    • C’est un plaisir de déambuler dans les rues de Paris et apprendre toutes ces choses. Et les partager.

  1. Merci Sabrina pour ce magnifique voyage avec cette chère Catherine de Médicis. Tellement intéressant et si bien raconté.

  2. La petite histoire et le descriptif des lieux que tu en fais nous transportent aux côté de la Dame en noir…
    Une façon de voyager et de s’instruire en ces temps de confinement….
    Continue!
    Bravo!

    • Merci infiniment. Et comment que je vais continuer.

  3. Quelle histoire passionnante… on a hâte d’aller à Paris pour (re)voir tout ça de plus près ! 🙂

    • Merci Pierre. Oui passionnante et enrichissante.

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